Les plus grands des petits
Les décennies passent, mais le football ne change pas. L’un des charmes du ballon rond est que dès sa conception, tous les ingrédients nécessaires à son succès étaient déjà réunis. Le seul aspect qui a réellement évolué au cours des années concerne la préparation physique. Avec l’avancée des connaissances sur le corps humain, de nouvelles méthodes d’entraînement ont été développées, ce qui a eu un impact direct sur le rythme du jeu.
On pourrait donc s’attendre à ce que les qualités physiques prennent de plus en plus d’importance dans le football moderne. La puissance, la résistance et la taille sont-elles l’avenir du footballeur ? Rien n’est moins sûr.
L’histoire du jeu regorge d’exemples de joueurs de petite taille qui sont allés très haut dans leur discipline… Cela est particulièrement vrai ces derniers temps, comme le montre le podium 100% barcelonais du dernier FIFA Ballon d’Or : Lionel Messi (1m69), Andrés Iniesta (1m70) et Xavi Hernández (1m70). La chose n’a pas échappé à Joseph S. Blatter. “Cela prouve que le football est ouvert à tous. Il n’est pas nécessaire d’être grand ou fort pour bien jouer. C’est une réalité qui ne date pas d’hier. Des joueurs comme Gerd Müller, Uwe Seeler, Diego Maradona ou Jean-Pierre Papin en ont été d’excellents d’exemples”, a rappelé le Président de la FIFA début 2011 dans un entretien avec FIFA.com.
Un peu plus près… du sol
Rares sont les sports de contact qui permettent aux joueurs de taille modeste de briller. Du point de vue de la biomécanique, le seul avantage des petits gabarits est d’avoir un centre de gravité très bas, ce qui leur donne un meilleur équilibre. En termes footballistiques, cela se traduit par une conduite de balle impeccable, des changements de direction aussi nombreux que rapides, une grande aisance dans les dribbles et enfin la faculté de se relever à la vitesse de l’éclair en cas de chute.
“Les joueurs qui me marquaient savaient bien que ce n’était pas avec leur grande taille qu’ils allaient m’arrêter. Le temps qu’ils se retournent, le ballon était déjà au fond”
Romari, champion du monde 1994 avec le Brésil
Autant de qualités qui ont fait la gloire de Maradona (1m66), des Français Alain Giresse (1m62) et Jean Tigana (1m72), des Allemands Thomas Haessler (1m66) et Pierre Littbarski (1,68 m), des Écossais Jimmy Johnstone (1m57) et Archie Gemmill (1m67) ou encore du Brésilien Garrincha (1m69 m). Autant dire que Messi a quelques prédécesseurs…
Pourtant, la taille a toujours été un facteur déterminant au moment de dénicher les talents, surtout pour les postes de gardien, de défenseur axial ou d’avant-centre. La tendance n’a jamais été démentie et se poursuit. “Les joueurs qui me marquaient savaient bien que ce n’était pas avec leur grande taille qu’ils allaient m’arrêter. Le temps qu’ils se retournent, le ballon était déjà au fond”, se délecte Romário (1m69), précisément surnommé Baixinho, “le petit” en portugais. Un petit qui a même marqué plusieurs buts décisifs de la tête, comme celui qui a donné la victoire au Brésil contre l’Uruguay en finale de la Copa América 1989, ou le but victorieux contre la Suède, en demi-finale de la Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994.
Les préjugés ayant la peau dure, une petite taille reste un inconvénient pour un jeune joueur au moment d’être recruté. “Je n’ai jamais été très grand. Quand je suis parti de l’île de Madère, à 13 ans, la plupart des gens disaient que je ne réussirais jamais car j’étais trop petit. Puis, entre 15 et 18 ans, j’ai grandi d’un seul coup, pour atteindre ma taille actuelle”, explique Cristiano Ronaldo (1m85). La même mésaventure est arrivée au défenseur central David Luiz. Considéré trop petit par le São Paulo FC quand il était jeune, il mesure aujourd’hui 1m89 et fait le bonheur de l’équipe du Brésil et de Chelsea.
Derrière aussi
Les petits défenseurs se caractérisent souvent par un apport offensif supérieur à la moyenne. L’Allemand Philipp Lahm (1m70), le Brésilien Roberto Carlos (1m68), le Joueur Mondial de la FIFA 2006 Fabio Cannavaro (1m74), le champion du monde 1998 Bixente Lizarazu (1m69) en sont de bons exemples. Sans oublier les gardiens, à commencer par le légendaire portier mexicain Jorge Campos (1m73).
“Celui qui a tout dès le départ, il ne se fait pas violence. Nous, les petits, quand on s’engage, c’est à 120 %. Le mental, ça fait grandir”
Bixente Lizarazu, champion du monde avec la France en 1998
“A 15 ans, le responsable de la section sport-étude de Mérignac m’a affirmé que je n’avais pas le niveau pour être footballeur professionnel. Une vraie claque ! Quand vous êtes gamin et qu’on vous assène que vous êtes trop frêle, ça vous donne la rage. Mais je suis un têtu. J’ai tenu bon. En début de carrière, je pesais 69 kilos pour 1m69. Je me suis épaissi au fil des saisons jusqu’à atteindre 75 kilos. Un physique de petit bison très adapté au duel”, raconte Liza, qui a passé 12 ans en équipe de France, avant de prendre sa retraite internationale en 2004. “Celui qui a tout dès le départ, il ne se fait pas violence. Nous, les petits, quand on s’engage, c’est à 120 %. Le mental, ça fait grandir.”
À l’heure actuelle, les petits continuent de tordre le cou aux préjugés. Nous avons évoqué Messi, Xavi et Iniesta. Dans les rangs barcelonais, on peut également citer David Villa (1m75), Pedro (1m69) ou encore Bojan Krkic (1m71). En Italie, l’Udinese possède l’une des meilleures attaques de Serie A grâce à deux buteurs miniatures, Antonio Di Natale (1m70) et Alexis Sánchez (1m72). Et que dire de Wesley Sneijder (1m70), champion d’Europe en titre avec l’Inter Milan et vice-champion du monde avec les Pays-Bas ? En conclusion, s’il existe bien un domaine où la taille n’est pas déterminante, c’est bien le football.
Source: FIFA.com




